PARIS - Alors qu’une étude à paraître mardi dans le mensuel "60 millions de consommateurs" a démontré une forte hausse des prix des aliments, agriculteurs, industriels, distributeurs se rejettent la faute. Le gouvernement a pour sa part promis plusieurs mesures pour une "plus grande transparence" et une "libéralisation des négociations des prix" au bénéfice des consommateurs.
Face à l’un des sujets majeurs de préoccupation des Français, une réunion ministérielle devrait avoir lieu en fin de journée à Matignon, François Fillon devant présenter des "mesures" face à cette hausse.
A l’origine de cette nouvelle polémique sur le pouvoir d’achat, l’Institut national de la consommation a réalisé des comparatifs de prix entre fin novembre 2007 et début janvier 2008 sur les sites internet des grandes enseignes de distribution. L’étude des prix de 1.055 produits montre une hausse quasi générale pour le lait et les yaourts, et des hausses jusqu’à 45% pour certaines pâtes ou jambon de marques. Au total, près de 200 références alignent des augmentations de plus de 10%. Si les hausses du blé et du lait sont réelles, elles ne suffisent pas à expliquer ces augmentations, l’opacité du système ne permettant pas de savoir précisément à qui profitent cette flambée des prix.
Pour Jérôme Bédier, président de la Fédération des commerces et de la distribution (FCD), qui avait averti en janvier d’une hausse moyenne de 4% des prix sur l’année, cette flambée des prix "ne tient pas compte des promotions" qui "représentent parfois des proportions très importantes des ventes". Elle est "premièrement due à l’augmentation des matières premières", ensuite à "celle des industriels", a-t-il assuré à l’Associated Press.
"Nous ne pouvons pas être tenus pour responsables de cette hausse des prix", a réagi Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA. "La part des matières premières, dont la hausse est mondiale, est souvent infime dans le prix de vente", a assuré à l’AP le patron du principal syndicat agricole, demandant une "plus grande transparence" et un "grand ménage dans le monde de la distribution".
La CGPME, parlant au nom des industriels de l’agro-alimentaire dont les marges sont "souvent déjà réduites au minimum", a pour sa part refusé d’endosser la responsabilité de la hausse, reprochant la "mauvaise foi" de la grande distribution qui prend "ce prétexte pour exiger la totale négociabilité des tarifs des fournisseurs, c’est-à-dire la possibilité d’écraser sans limite les PME fournisseurs".
Michel-Edouard Leclerc, dirigeant des hypermarchés du même nom, a enfoncé le clou lundi sur France-Info : "Les prix vont continuer à augmenter au premier semestre 2008 et jusqu’à un rythme à peu près de 4% mensuels. Nous finissons de négocier les conditions d’achat avec les grands industriels et ils n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère !", a-t-il critiqué, tout en assurant défendre le consommateur en supprimant des références de produits qui ont trop augmenté.
Du côté des politiques, on n’était pas en reste pour s’emparer du problème. Dénonçant des "hausses des prix faramineuses", l’UMP a demandé lundi au gouvernement de "saisir sans délai" le Conseil de la concurrence pour "vérifier, contrôler, éventuellement sanctionner" les abus.
Le PS par l’intermédiaire de son porte-parole Stéphane Le Foll, a estimé urgent de "baisser la TVA sur les produits de première nécessité", et de "ne pas attendre cette fameuse loi Chatel" mais d’établir une "véritable transparence sur l’indice des prix".
Renvoyant dos à dos distributeurs et industriels qui "se partagent le gâteau aux détriment des consommateurs", le secrétaire d’Etat à la Consommation Luc Chatel, interrogé sur France-2, a affirmé ne pas être "dupe des discours de chacun", reconnaissant toutefois que le "panier de la ménagère" française était de 30% plus cher que celui des Allemandes. Après avoir rappelé qu’il avait déjà fait voter une loi "applicable dès le 1er mars", qui doit notamment "rendre au consommateur final les marges arrières", le secrétaire d’Etat a confirmé que le gouvernement aller "présenter au printemps" une "loi de modernisation de l’économie", qui permettra "la sortie définitive de ce système absurde des marges arrières", tout comme de "renforcer la concurrence dans la distribution". AP